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 L'absence de politique ducative claire cre le dsordre chez les coliers

         
Irdak




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: 13/08/2008

: L'absence de politique ducative claire cre le dsordre chez les coliers    31, 2009 4:55 am



La charge du programme cre du dsordre chez les lves


LEtat algrien a chou dans sa politique de refonte du systme ducatif. Cest l le constat tabli par un grand nombre de pdagogues, sociologues et enseignants. Pour certains, il ny a jamais eu de rforme au sens propre du terme, car il ny a jamais eu de politique ducative claire avec des objectifs bien dtermins. Les spcialistes en la matire reprochent au systme son manque de ralisme. Un systme bas essentiellement sur une vision bureaucratique et administrative au lieu dune vision raliste et scientifique. Khaled Karim, sociologue et chercheur au CREAD, a expliqu dans un entretien accord El Watan que la surpolitisation de lcole la empche de sautonomiser relativement, loin de toute forme de rcupration politicienne. Comment peut-on imaginer une russite dune rforme, si lenseignant, lacteur principal, est dans une posture externe cette rforme ? sest interrog le sociologue. Cet avis est partag par le corps enseignant qui na pas t associ aux changements oprs dans ce secteur sensible. Nabila Amir



A la fin des annes 1990, le pouvoir algrien a dcid de reformer lcole algrienne. En 2000, une commission a t installe dans ce sens et avait labor un rapport qui a t rendu public en 2003. Suite cela, la rforme de lcole a commenc. Sept ans aprs, pensez-vous que lcole algrienne, qualifie par le dfunt Boudiaf de sinistre, est sortie de cette zone dangereuse ?
Tout dabord, pour mieux dcrypter la problmatique de lcole, il est vident du point de vue socio-historique de placer lcole dans une quation politique, cest--dire lcole en tant quappareil idologique reproduisant le rapport politique dominant. Il est naf de considrer que le systme ducatif est neutre par rapport au politique. Au contraire, il est luvre du politique, cest--dire du politique dominant pour assurer sa domination via un rapport pdagogique de transmission des contenus reproduisant dune manire consciente et inconsciente et en douceur lidologie du pouvoir dominant, dsignation des directeurs dacadmie et directeur dtablissement Dans des systmes politiques clos, il ny a pas que lcole qui est la merci du tout politique, mais aussi dautres champs sociaux comme lart et la culture, lconomie, le sport La surpolitisation de lcole, qui est le cas de lAlgrie, a empch cette dernire de sautonomiser relativement, loin de toute forme de rcupration politicienne ; cest--dire de fonctionner avec ses propres rgles de base, savoir la transmission saine des savoirs (savoir-faire, bien-tre...). Or, pour revenir votre question, il sest avr avec le recul, on comprend que lensemble des dysfonctionnements que vit lcole algrienne depuis les multiples rformes, qui ont commenc dans les annes 1970 nos jours, ne sont que des indicateurs dune double crise : transmission intergnrationnelle dune acculturation impose par le colonialisme pendant 132 ans et par homologie, une autre acculturation, sest impose aux Algriens aprs lindpendance en niant toute forme de diversit culturelle (amazighit, arabit, islamit et dimension mditerranenne) dans lhistoire algrienne au nom dune idologie unanimiste qui, son tour, na pas tard de mettre le lien social et la socit algrienne en danger, notamment depuis les annes 1990.
Quelle est alors la problmatique relle de lcole algrienne ?
De mon point de vue, un systme ducatif est un produit des conditions historiques dune socit et non pas un produit import. La problmatique de lcole algrienne, cest quelle reproduit dune manire inconsciente une histoire non labore dune socit qui a exist depuis 2 millions et demi dannes, cest--dire une transmission intergnrationnelle dune histoire bourre de traumatismes, de non-dits, de prjugs et de stigmates Labsence dvaluation transparente avec toutes ses formes et les dbats publics sur lcole sont des indicateurs dune myopie aigu que vit encore lcole, mettant les parents dlves dans des situations dinquitude, dveloppant diffrentes stratgies, selon les origines sociales, pour assurer la bonne formation de leurs enfants (cole prive, cours supplmentaires, formation ltranger, le choix des tablissements et des classes, des enseignants), laissant dautres parents, issus des couches dfavorises et des milieux rudes de lAlgrie, dans des situations dinertie et de fatalisme. Lcole nest quun mot ; elle cache toutes les contradictions de la socit et dans certaines situations elle les reproduit. Ce qui reste de prestigieux pour lcole algrienne actuellement est sa fonction stabilisatrice des couches populaires dfavorises.
Restons toujours dans la dernire rforme, des voix se sont leves pour critiquer la manire dont elle a t introduite (dsordre, chamboulement) et se sont surtout interroges sur les objectifs du pouvoir qui a vid le rapport de sa substance alors quil en tait linitiateur. A votre avis, le pouvoir avait-il fait des concessions de peur de la raction des islamistes ?
Vous savez, les rsidus de lidologie unanimiste mise en uvre depuis les annes soixante a pour produit des extrmismes et intgrismes de tout bord. La confiscation de laction politique au nom dun Etat-parti a mis lensemble des acteurs politiques dopposition clandestine (islamistes et non islamistes), depuis lindpendance jusqu 1988 dans des situations dadaptation stratgique, en investissant chacun des secteurs dactivit professionnelle et cultuelle (le secteur de lconomie, luniversit, lcole, la mosque), en les transformant par la suite en des luttes politiques clandestines. La situation reste statique aprs 1988 puisquon va assister un mouvement de contestation de syndicats autonomes revendicatifs durant les annes 2000. Ces mouvements de contestation au sein de lcole et par lcole sont un processus logique, dans des systmes politiques clos ; cest presque une rgle universelle. Ces mouvements traduisent davantage des luttes pour des positionnements sociopolitiques dun corps professionnel (enseignants) en pleine dliquescence, en termes de leur identit professionnelle (dsarroi, laxisme, dnigrement de soi, incertitudes...) et sociaux (dnigrements par autrui, statut social). Ces luttes sont aussi les consquences dun processus, dune situation sociale bourre dingalits par rapport la distribution de la rente et la politique des salaires dans la nomenclature des catgories professionnelles dominantes en Algrie. Dans ces conditions, toutes formes de rformes ne peuvent tre quun jeu et enjeux politiques entre des acteurs actifs (politique) et passifs (enseignants) de cette rforme. Comment peut-on imaginer une russite dune rforme, si lenseignant, lacteur principale de laction pdagogique de transmission du savoir, est dans une posture externe cette rforme ?
Revenons lactualit. Cette anne, le ministre de tutelle a dcid dallger les programmes scolaires, alors que les parents dlves ne cessent depuis six ans de crier la surcharge des programmes et la lourdeur des cartables de leurs enfants. Pourquoi avoir attendu six longues annes alors quil sagit de lintrt de llve ?
Dans des systmes politiques holiste et paternaliste, llve nest quun objet et non un sujet de son destin et avenir. On ne peut pas parler de llve dans labsolu, mais plutt des lves. Les origines sociales sont diffrentes, donc les impacts sont diffrents. Je pense que la problmatique de lallgement des programmes nest pas si importante par rapport leurs contenus et lart de les transmettre (pdagogie, didactique). La problmatique de la pdagogie est centrale dans lcole algrienne ; la manire de donner vaut mieux que ce quon donne, disait Voltaire. Les programmes scolaires sont dfinis au pralable en fonction du type de socit quon veut crer, cest--dire de la volont politique consensuelle par rapport la cration et limagination de la cit. Les programmes scolaires qui mettent en valeur limportance de lautonomie de la pense, cest--dire une vision constructiviste de lducation, forment des futurs citoyens, conscients deux-mmes et de leur environnement (local, national, universel).
Aujourdhui, le dbat est ax autour de ladaptation de lcole au nouveau week-end semi-universel. Pensez-vous que llve peut assimiler ses cours lorsquil fait huit heures par jour pendant toute la semaine alors que dans dautres pays, les lves sont dispenss de cours tous les aprs-midi ?
Le temps, on le gre et on le cre ! Dans labsolu, le temps na pas de sens sil nest pas mis en corrlation avec sa dimension sociale, cest--dire la faon dtre peru, sacralis et gr dans le quotidien des gens. Le temps est dterminant dans la gestion de lcole puisquil socialise lenfant sur la discipline et le sens de lorganisation. La charge du programme cre du dsordre individuel et collectif chez les lves si elle nest pas accompagne par des activits de loisirs. Il est dans les prrogatives de la tutelle dimposer, dans des situations de lgitimit symbolique, une forme dorganisation de lcole, notamment la gestion du temps et les activits de loisirs pour tous, sans oublier le facteur esthtique dans la conception et la construction des tablissements scolaires, qui est trs dterminant dans la socialisation esthtique des lves.
Les salaires des enseignants sont qualifis de misrables. Les enseignants estiment que sans lamlioration de leurs conditions socioprofessionnelles, leur rendement restera faible et, par consquent, ce sont les lves encore une fois qui en payeront le prix. Pourquoi une telle indiffrence ?
Cette corrlation entre le salaire et leffort ressemble, si on peut la schmatiser, une situation de non-dits pleine de significations : Vous faites semblant de nous payer, on fait semblant de travailler. Il est vident que la relation est logique ; elle a comme consquence le faible rendement pdagogique et la mise en question de lidentit professionnelle des enseignants et de la vocation relle du mtier de lenseignement dans une socit o les rfrents de la russite sociale obissent dautres logiques que la russite dans les tudes. Les ingalits salariales dans la nomenclature algrienne et laccumulation occulte des biens et des richesses chez certaines couches sociales illettres et sans lgitimit sociale et conomique antrieures ont un impact sur la valeur relle du savoir et ses porteurs. Llve reste doublement victime de ce dsordre social ; dun ct le dsordre dans lcole, avec les multiples grves et dun autre cot, un dsordre extrascolaire, qui lui renvoie des images de russite sociale, en dehors de la russite scolaire. Cest une ambivalence qui explique quelque part lchec scolaire chez les adolescents algriens.
En parlant de la mdiocrit de lenseignement, lon voque aujourdhui avec acuit le niveau trs faible des lves qui, pour la plupart, ne matrisent ni la langue arabe ni le franais... A votre avis, pourquoi en sommes-nous arrivs cette situation ? A qui la faute ? Aux lves qui ne sont pas intelligents, aux enseignants qui ne sont pas comptents ?
Le problme de la langue est trs complexe en Algrie, par rapport aux pays voisins. Le complexe de la langue a envahi tous les secteurs de la socit. La problmatique de la langue est un pur produit de rapport de force dans le champ politique algrien, hrit du mouvement national. Lcole comme appareil idologique devient donc otage de ces rapports de force dintrt et de revanche entre la fraction arabophone et francophone. La politique volontariste et populiste de larabisation a mutil et squestr un secteur aussi sensible dans un Etat-nation en pleine construction. Cet hritage conflictuel, comme je lai dj signal, est d une histoire non labore, qui devient son tour transgnerationnelle ; cest--dire des traumatismes, des conflits, des mythes non soumis une analyse acadmique, qui se transmettent dune manire inconsciente, dune gnration une autre. Cette situation de cause effet est un indicateur dterminant dans les crises qua vcues et risque de vivre toujours la socit algrienne. LAlgrie a rat un moment historique pendant lindpendance ; institutionnalisation de la diversit culturelle et linguistique comme richesse inpuisable. Donc, incriminer les lves ou les enseignants na aucun sens. Lducation est un phnomne social total. La responsabilit est partage, mais des degrs diffrents. La pauvret et la richesse du march linguistique dans lcole algrienne ne peuvent tre apprhendes que par son aspect sociologique ; lcole est reproductrice des ingalits sociales et linguistiques. La situation actuelle ne favorise que des gens dj favoriss en termes de volume de capital culturel, conomique, social et symbolique. Louverture des coles prives, laccs aux lyces internationaux et des formations informelles (des cours supplmentaires extra-scolaires par des enseignants), et peut-tre des universits prives prochainement, sont luvre dune conscientisation de catgories sociales dj favorises, qui se sont dmarques dune cole qui, leurs yeux, nassure pas un meilleur avenir pour leurs enfants. Cette mosaque dans lespace scolaire algrien en pleine mutation anomique (massification immatrisable, violence physique, verbale et sexuelle, laxisme...), cre des modes de socialisation conflictuelle, accentuant davantage les ingalits daccs la langue, notamment trangres et des filires suprieures, du coup, lingalit daccs au march du travail et au positionnement social. Ces ingalits sont les sources dun dsarroi presque gnralis dune jeunesse majoritaire, issue de lcole publique. La fuite continuelle des jeunes comptences et les harraga sont des mouvements sociaux de contre hgmonie.

D'aprs:
Khaled Karim. Sociologue, chercheur au Cread
    
 
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